Sud-Ouest · Arizona, Nouveau-Mexique, Utah · nation diné (navajo)04 / 09

Le semeur d'étoiles et le feu autour duquel tourne le ciel

Dans le récit diné, les constellations ne sont pas un hasard : le Dieu Noir les place une à une, avec lenteur et loi. Puis Coyote s'impatiente, jette le sac — et la poussière d'étoiles répandue devient la Voie lactée.

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ÉTOILE 01 / 00

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  • 01

    Les récits d’étoiles se racontent en hiver, quand serpents et éclairs dorment.

  • 02

    Dilyéhé (les Pléiades) disparaît au couchant : signal des semis.

  • 03

    L’Homme et la Femme qui tournent encadrent le feu central — la Polaire.

LEUR REPÈRE · 12 MOIS

Le Dieu Noir et l'impatience de Coyote

Le ciel diné commence par un geste d'ordre : Haashch'ééshzhiní, le Dieu Noir, dieu du feu, dispose les constellations une à une, chacune avec sa place, sa saison et son enseignement — les Pléiades, Dilyéhé, brillent sur son masque même, à la tempe. Survient Coyote, le trouble-fête : impatient, il saisit le sac d'étoiles et le jette au ciel — la poudre répandue devient la Voie lactée. Mais Coyote n'est pas qu'un brouillon : il place lui-même, avec soin, une étoile qui porte son nom. L'ordre et le désordre, tous deux inscrits au ciel : difficile de faire plus juste.

La famille autour du feu central

Au nord, les Diné voient un foyer familial : Náhookǫs Bika', l'Homme qui tourne (notre Grande Ourse), et Náhookǫs Bi'áád, la Femme qui tourne (Cassiopée), pivotent ensemble, de part et d'autre de Náhookǫs Bikǫ'le feu central, notre Polaire. Un couple autour de son feu, visible toute l'année : le ciel du nord comme modèle du hogan et du foyer. Le hogan lui-même, la maison traditionnelle, ouvre sa porte à l'est, vers le soleil levant.

Dilyéhé, l'horloge des semis

Les Pléiades diné sont un calendrier agricole d'une précision remarquable : leur disparition dans les feux du couchant, au printemps, donne le signal des semis ; leur réapparition à l'aube, début d'été, dit qu'il est trop tard pour planter. Et l'hiver, quand le ciel raconte, les mains racontent aussi : les jeux de ficelle (na'atl'o') reproduisent entre les doigts les figures des constellations — une pédagogie du ciel transmise de grand-mère en enfant.

Un savoir qui a ses saisons

Il faut le dire clairement : dans la tradition diné, les récits d'étoiles se racontent en hiver, quand serpents et éclairs dorment. Ce protocole fait partie du savoir. Cette page s'appuie sur ce que des chercheurs diné — Nancy C. Maryboy et David Begay — ont choisi de publier pour tous ; le reste appartient aux veillées d'hiver, et c'est très bien ainsi.

Comment ils observaient

Le poste d'observation diné, c'est le hogan : la porte ouvre à l'est et reçoit la première lumière ; le foyer central répond au feu immobile de la Polaire, autour duquel tourne la famille céleste. L'hiver, quand les récits d'étoiles sont permis, l'enseignement passe par les jeux de ficelle (na'atl'o') : entre les doigts, on refait Dilyéhé, les Náhookǫs — un planétarium de fil transmis de grand-mère en enfant. Et dans les abris rocheux de Canyon de Chelly, des « plafonds d'étoiles » peints — des dizaines de panneaux constellés relevés par les chercheurs — gardent la trace de ce ciel enseigné.

L'observation utile est héliaque : on guette la disparition de Dilyéhé dans les feux du couchant (l'ordre de semer) et sa réapparition à l'aube (trop tard pour planter). Quelques minutes d'attention au crépuscule, mais au bon jour — c'est une astronomie de seuils, économe et exacte.

Ce qu'ils y lisaient

Des lois écrites au ciel. Le Dieu Noir n'a pas décoré la nuit : il y a posé des règles de vie. Le couple Náhookǫs — l'Homme et la Femme qui tournent, inséparables, autour du feu central — est le modèle du foyer : deux êtres liés à un même feu, qui ne se quittent jamais. La Voie lactée, Yikáísdáhí, « celle qui attend l'aube », porte aussi la trace de Coyote : l'ordre du Dieu Noir et le geste impatient du trickster coexistent là-haut, comme l'ordre et le désordre coexistent dans toute vie. Regarder le ciel d'hiver, c'est réviser le droit familial de l'univers.

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Sources

  • Nancy C. Maryboy & David Begay, Sharing the Skies: Navajo Astronomy, Rio Nuevo, 2010 — la référence, écrite par des chercheurs diné.
  • Sur le masque du Dieu Noir et Dilyéhé : Berard Haile, Starlore Among the Navaho, 1947.
  • Projet Native Skywatchers (Annette S. Lee et coll.) — cartes du ciel autochtones contemporaines.
  • Von Del Chamberlain, travaux sur les « plafonds d'étoiles » (star ceilings) des abris de Canyon de Chelly.

Orthographe diné simplifiée suivant Maryboy & Begay. Les récits publiés ici sont ceux que des auteurs diné destinent au grand public — les enseignements réservés aux veillées d'hiver n'y figurent pas, par choix.