Paradoxe de Fermi : sommes-nous seuls dans l'univers ? À toi de tester
La Voie lactée est immense et très ancienne. Si les civilisations y étaient courantes, l'une d'elles aurait pu se faire remarquer. Or on ne voit personne. Ici, tu ne te contentes pas de lire : tu règles l'équation de Drake, tu laisses des civilisations naître et s'éteindre, puis tu choisis ta réponse.
Le paradoxe de Fermi est le contraste entre deux idées : la galaxie semble assez vaste et ancienne pour abriter d'autres civilisations, et aucune détection de techno-signature n'est confirmée à ce jour. L'équation de Drake ne tranche pas, car plusieurs de ses facteurs sont inconnus. Avec les plages de Sandberg, Drexler et Ord (2018), la moyenne est très élevée, environ 27 millions de civilisations détectables, et pourtant la probabilité que N soit inférieur à 1 atteint environ 52 %. Ce chiffre dépend des plages choisies : ce n'est pas une mesure. La réponse reste ouverte.
La question, et ce qu'on sait vraiment du déjeuner de 1950
Le récit est célèbre : Enrico Fermi déjeune à Los Alamos et lance « où sont-ils tous ? ». Attention : ce récit vient de souvenirs. Fermi est mort en 1954 et n'a rien publié là-dessus. En 1984, Eric Jones, chercheur à Los Alamos, écrit aux trois témoins encore vivants. Il publie leurs réponses en 1985, soit 35 ans après.
| Témoin | Les mots retenus | Ce qui diffère |
|---|---|---|
| Emil Konopinski | « but where is everybody? » | Se souvient d'un dessin du New Yorker sur les soucoupes, et de quatre personnes à table. Ses souvenirs sont, selon lui, fragmentaires. |
| Edward Teller | « Where is everybody? » | Pense qu'ils étaient environ huit. Dit lui-même que sa mémoire est incertaine. |
| Herbert York | « Don't you ever wonder where everybody is? » | Se souvient d'un calcul de Fermi sur les planètes et la durée des civilisations. Dit rester flou sur la suite. |
Le dessin du New Yorker a paru le 20 mai 1950. C'est ce qui permet à Jones de juger « quite probable » l'été 1950. Rien n'est plus précis : les registres de présence n'existent plus.
Le mot « paradoxe » est venu plus tard. Selon Robert Gray, l'expression apparaît en 1977, et l'argument « ils ne sont pas ici, donc ils n'existent pas » est celui de Michael Hart en 1975. Gray ajoute que Fermi parlait sans doute d'abord de la difficulté des voyages interstellaires, et non de l'absence de vie.
L'équation de Drake, à régler toi-même
En novembre 1961, Frank Drake reçoit des scientifiques à Green Bank. Il lui faut un ordre du jour : ce sera une multiplication de sept facteurs. Elle estime N, le nombre de civilisations détectables en ce moment dans la galaxie.
Déplace les curseurs. Les trois fractions centrales, celles de la vie, sont les plus inconnues.
- N, civilisations détectables
- 20
- Voisin le plus proche, en moyenne
- 9 908 années-lumière
| Préréglage | R* | fp | ne | fl | fi | fc | L (ans) | N |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Pessimiste (illustration) | 1 | 0,1 | 0,1 | 0,001 | 0,001 | 0,01 | 1 000 | 10⁻⁷ |
| Green Bank 1961, bas | 1 | 0,2 | 1 | 1 | 1 | 0,1 | 1 000 | 20 |
| Green Bank 1961, haut | 1 | 0,5 | 5 | 1 | 1 | 0,2 | 100 millions | 50 millions |
| Optimiste (illustration) | 10 | 1 | 1 | 1 | 0,5 | 0,5 | 1 million | 2,5 millions |
D'où viennent les valeurs de 1961 ? La page Wikipédia sur l'équation de Drake les rapporte d'après le livre de Drake et Sobel (1992), avec le résultat de 20 à 50 millions. Elle signale qu'au moins un tableau publié ensuite diffère. Nous n'avons pas pu consulter le livre : considère ces deux lignes comme rapportées, pas comme une archive de la réunion.
Depuis 1961, une partie du brouillard s'est levée. Les planètes sont courantes : plus de 6 400 sont confirmées au catalogue de la NASA, et Cassan et ses coauteurs estiment en 2012 qu'il y a au moins une planète par étoile en moyenne. Pour les étoiles de type solaire, Bryson et ses coauteurs comptent 0,37 à 0,60 planète rocheuse par étoile en zone habitable, avec une définition prudente. La vie, l'intelligence et leur durée restent, elles, sans mesure : on n'a qu'un seul exemple.
Monte-Carlo : la moyenne qui trompe
Multiplier des valeurs « probables » cache notre ignorance. En 2018, Anders Sandberg, Eric Drexler et Toby Ord font autrement : ils tirent chaque facteur au hasard dans sa plage d'incertitude, et regardent la loi de N. Ton navigateur refait ce calcul ici, avec 100 000 tirages.
- Probabilité que N < 1
- 52,2 %
- Moyenne de N (exacte)
- 27,8 millions
- Médiane de N
- 0,32
- N < 10⁻¹⁰ (seuls dans l'univers observable)
- 39,4 %
Résultat de référence affiché, le tirage démarre quand tu arrives ici.
Le chiffre à retenir : avec ces plages, la moyenne de N est d'environ 27 millions. Et pourtant, N est inférieur à 1 dans environ 52 % des cas. La médiane est de 0,32. L'article publie 52 %, 0,32 et 27 millions. Notre calcul exact donne 52,2 %, 0,32 et 27,8 millions. Pour N inférieur à 10⁻¹⁰, l'article donne 38 % et nous 39,4 %. Ton tirage peut s'en écarter un peu : c'est le hasard, et la graine affichée permet de le refaire.
Comment est-ce possible ? La moyenne est tirée par quelques scénarios très peuplés. Imagine dix personnes : neuf n'ont presque rien et une est milliardaire. La moyenne est élevée, et pourtant la personne typique n'a rien. Ici, c'est pareil. La vraie question devient alors : le silence est-il encore surprenant ? Sur ces plages, beaucoup moins.
Change les plages, et le chiffre change. C'est le plus important à retenir. Sandberg et ses coauteurs le disent aussi : leurs plages sont un choix. Certains peuvent les juger trop larges. L'article est une prépublication arXiv, soumise à une revue selon sa notice.
| Scénario | P(N < 1) | Médiane de N | Moyenne de N |
|---|---|---|---|
| Plages de l'article | 52,2 % | 0,32 | 27,8 millions |
| Vie facile (fl proche de 1) | 10,0 % | 3 162 | 55 millions |
| Incertitude sur la vie de 5 ordres de grandeur, au lieu de 50 | 31,3 % | 70 | 28,8 millions |
| Civilisations brèves (L ≤ 10 000 ans) | 67,6 % | 0,012 | 110 |
Les plages du calcul, expliquées
Chaque plage est tirée en « log-uniforme » : chaque ordre de grandeur est aussi probable que les autres. Entre 1 et 100, on a autant de chances de tomber entre 1 et 10 qu'entre 10 et 100. C'est une façon de dire « je ne connais même pas l'ordre de grandeur ».
| Facteur | Plage de l'article | Pourquoi |
|---|---|---|
| R*, étoiles formées par an | 1 à 100 | Estimations de la littérature citée par l'article. La large plage couvre la moyenne sur toute l'histoire de la galaxie. |
| fp, part d'étoiles à planètes | 0,1 à 1 | Plutôt haut aujourd'hui : les planètes sont courantes (Cassan et coauteurs, 2012). |
| ne, planètes habitables par système | 0,1 à 1 | Du même ordre que les estimations de Kepler : 0,37 à 0,60 par étoile de type solaire (Bryson et coauteurs, 2021). |
| fl, apparition de la vie | 1 − e−X, log10 X suit une loi normale d'écart-type 50, centrée sur 0 | Le cœur du résultat. On ne connaît pas le taux d'apparition de la vie : les auteurs lui donnent 50 ordres de grandeur d'incertitude. |
| fi, apparition de l'intelligence | 0,001 à 1 | Estimations publiées. Un seul exemple connu : le nôtre. |
| fc, techniques détectables | 0,01 à 1 | Estimations publiées. Toutes les civilisations n'émettent peut-être pas. |
| L, durée de la phase détectable | 100 à 10 milliards d'années | Personne ne sait. La nôtre émet depuis environ un siècle. |
Une galaxie vivante (modèle jouet)
L'équation de Drake ne dit rien des rencontres. Ici, des civilisations naissent au hasard dans le disque, s'étendent à la vitesse que tu choisis, et s'éteignent à l'âge que tu choisis. L'idée de Michael Hart apparaît vite : même lente, une expansion remplit la galaxie en un temps court par rapport à son âge, si elle dure. Mais avec des vies brèves, les bulles restent seules. Une traversée de la galaxie dure ici 30 secondes.
- Temps écoulé
- 0 ans
- Civilisations vivantes
- 1
- Rencontres
- aucune
- Disque couvert
- 0 %
- Couvert à 99 %
- pas encore
- Position du Soleil
- pas encore
Essaie « Rapide et durable » : à 10 % de la vitesse de la lumière, une seule civilisation couvre le disque en 500 000 à 1 million d'années selon son point de départ, un clin d'œil par rapport aux 13,8 milliards d'années de l'Univers. Essaie ensuite « Lent et bref » : la galaxie peut compter des civilisations sans qu'aucune ne touche jamais une autre. C'est tout l'intérêt : « personne ici » n'implique pas « personne nulle part », comme le concluent Carroll-Nellenback et ses coauteurs, qui relisent l'argument de Hart avec un modèle plus détaillé.
La bulle radio de la Terre
Nos émissions radio partent à la vitesse de la lumière. Après un siècle, elles forment une bulle d'un siècle-lumière de rayon. C'est tout. Pour comparer, la Voie lactée fait environ 100 000 années-lumière de diamètre.
- Surface du disque atteinte
- 0,0004 %
- Volume du disque atteint
- 0,00005 %
- Taille de la bulle si la Voie lactée faisait 1 000 km
- 2 km
| Distance | Repère | Part de la surface du disque |
|---|---|---|
| 4,2 années-lumière | Proxima du Centaure, l'étoile la plus proche | 0,0000007 % |
| 100 années-lumière | Environ un siècle d'émissions | 0,0004 % |
| 125 années-lumière | Depuis Marconi, 1901, comme borne haute | 0,0006 % |
| 1 470 années-lumière | Étoile de Tabby | 0,086 % |
| 26 700 années-lumière | Centre de la galaxie | 27,4 % |
| 76 700 années-lumière | Bord opposé du disque | 100 % |
Marconi annonce avoir reçu ses premiers signaux transatlantiques en décembre 1901, ce qui fait 125 ans au plus. Des signaux aussi faibles ne seraient guère détectables de loin, d'où l'ordre de grandeur retenu : un siècle.
Et cette bulle est bien discrète. Sullivan et ses coauteurs ont étudié dès 1978 ce que nos émissions laisseraient capter, et Saide et ses coauteurs ont simulé en 2023 ce que verraient des observateurs proches de nos antennes-relais. Retourne la question : une civilisation qui nous ressemble, à la même distance, serait difficile à entendre. Wright et ses coauteurs estiment que la part explorée de l'espace de recherche radio ressemble à un grand jacuzzi comparé à tous les océans de la Terre.
Quelle est ta réponse ?
Aucune de ces réponses n'est démontrée. Réponds aux questions, ou ouvre directement une fiche.
Active JavaScript pour le parcours. Les six réponses restent lisibles ci-dessous.
Le Grand FiltreHypothèse, Robin Hanson, 1998
Pour
- Il explique le silence sans supposer que toutes les civilisations se comportent pareil : une seule étape très difficile suffit.
- Des étapes de notre histoire paraissent très improbables, comme l'origine de la vie ou la cellule complexe.
Contre
- Aucune étape n'a été identifiée comme étant ce filtre.
- S'il est devant nous, on ne dispose d'aucun moyen de le vérifier à l'avance.
Ce qui la ferait tomber
Une vie indépendante trouvée près de nous rendrait un filtre situé très tôt moins plausible.
Baisse le curseur de la vie dans le Monte-Carlo : un seul facteur peut tout changer.
L'hypothèse du zooHypothèse, John Ball, 1973
Pour
- Elle explique pourquoi une galaxie peuplée resterait silencieuse pour nous : on nous laisserait tranquilles.
- Elle ne contredit aucune observation.
Contre
- Elle est presque impossible à tester, car un silence volontaire ressemble à une absence.
- Elle suppose que toutes les civilisations respectent la même règle, sans exception, pendant très longtemps.
Ce qui la ferait tomber
Un seul signal indiscutable la remettrait en cause, puisque le silence ne serait plus total.
Lis notre page sur les OVNI : une observation non identifiée ne vaut pas preuve d'une présence.
Nous sommes seulsHypothèse, défendue notamment par Michael Hart, 1975
Pour
- C'est l'explication la plus simple du silence observé.
- Le calcul de Sandberg, Drexler et Ord montre qu'elle n'est pas extravagante : sur leurs plages, N inférieur à 1 pèse environ 52 %.
Contre
- Il suffirait d'un seul signal confirmé pour la réfuter.
- Le ciel est encore très peu exploré. L'absence de preuve n'est pas une preuve d'absence.
Ce qui la ferait tomber
Une techno-signature confirmée la réfuterait dans la galaxie. Dans tout l'univers, la question serait encore plus difficile à trancher.
Regarde le Monte-Carlo : le résultat bouge beaucoup selon les plages.
Ils sont trop loin, ou trop brefsHypothèse, modèles de Newman et Sagan, 1981, et de Carroll-Nellenback et coauteurs, 2019
Pour
- Les distances sont énormes, et une civilisation peut s'éteindre avant toute rencontre.
- Des modèles trouvent une galaxie partiellement peuplée où la Terre reste non visitée.
Contre
- Sur des milliards d'années, même une expansion lente peut parcourir toute la galaxie.
- Il suffit d'une civilisation durable et expansive pour remplir le disque.
Ce qui la ferait tomber
Des traces d'une ancienne expansion dans notre voisinage affaibliraient cette réponse.
Teste la galaxie vivante : bulles isolées d'un côté, galaxie remplie de l'autre.
On ne regarde pas assezConstat chiffré, puis hypothèse
Pour
- Wright et ses coauteurs estiment en 2018 que la part explorée de l'espace de recherche radio ressemble à un grand jacuzzi comparé aux océans de la Terre.
- Tarter et ses coauteurs parlaient en 2010 d'un verre d'eau de mer.
Contre
- Ces chiffres dépendent d'un modèle : ils ne disent rien sur ce qui reste à trouver.
- Cela n'explique pas l'absence de traces d'expansion à grande échelle, qui se verraient plus facilement qu'un message.
Ce qui la ferait tomber
Des recherches beaucoup plus complètes, sans résultat, réduiraient fortement sa portée.
Compare avec notre bulle radio : à l'envers, on nous verrait bien mal.
La forêt sombreIdée de fiction, roman de Liu Cixin, 2008
Pour
- Le récit est simple : si se montrer est dangereux, tout le monde se tait.
- C'est une expérience de pensée utile sur la prudence et sur le fait d'émettre vers l'espace.
Contre
- Ce n'est pas un résultat scientifique. Le roman n'apporte aucune observation.
- Elle suppose beaucoup de choses sur les intentions de civilisations dont on ne sait rien, et un silence parfait de toutes.
Ce qui la ferait tomber
Comme l'hypothèse du zoo, elle se teste très mal : c'est sa principale faiblesse.
Si tu cherches un signal réel, lis notre dossier sur le signal Wow!.
Et les OVNI, alors ?
Vigi-Sky a un dossier sur les OVNI. On pourrait croire que c'est la réponse au paradoxe : ils seraient déjà là. Rien ne permet de l'affirmer. Notre règle : jamais « OVNI détecté », jamais de conclusion extraterrestre.
Un OVNI est un objet que le témoin n'a pas identifié. C'est un état de notre connaissance, pas une origine. Au GEIPAN, l'organisme français rattaché au CNES, 106 cas sur 3 381 sont classés D, soit environ 3 % : inexpliqués après enquête. Et 30 % sont classés C, faute de données. Dans les deux cas, la conclusion correcte est « on ne sait pas ».
La NASA écrit dans son rapport de 2023 : « there is no conclusive evidence suggesting an extraterrestrial origin for UAP », c'est-à-dire qu'aucune preuve concluante d'une origine extraterrestre n'existe dans la littérature relue par les pairs. Le rapport de l'AARO de 2024, au Pentagone, va dans le même sens pour les enquêtes officielles américaines. Notre méthodologie suit la même règle : les hypothèses naturelles d'abord, et la case « non identifié » reste légitime.
Même chose pour la recherche à distance. Une techno-signature est une trace d'une technique, comme un signal artificiel. Aucune détection n'est confirmée à ce jour, et un candidat n'est pas une détection :
| Dossier | Ce qu'on a observé | Ce qu'on en sait | Techno-signature confirmée ? |
|---|---|---|---|
| Signal Wow! (1977) | Un pic radio de 72 secondes près de la raie de l'hydrogène, jamais observé à nouveau. | Inexpliqué. En 2024, une étude propose un sursaut de nuages d'hydrogène, à vérifier. | Non |
| Étoile de Tabby | Des baisses de lumière irrégulières. | La poussière est l'explication dominante (Boyajian et coauteurs, 2018). Les recherches radio n'ont rien donné. | Non |
| Sursauts radio rapides | Des éclairs radio de quelques millisecondes. | Au moins une source est liée à un magnétar, donc à un astre naturel. | Non |
| Vie sur Mars | Des molécules organiques et un passé humide. | Aucune preuve définitive de vie. Et une vie microbienne ne serait pas une techno-signature. | Non |
| blc1 (2019-2021) | Un signal repéré en direction de Proxima du Centaure. | Attribué à des interférences d'origine humaine. | Non |
| 3I/ATLAS (2025) | Un objet interstellaire observé par les radiotélescopes. | Aucune émission artificielle détectée. Rien n'indique autre chose qu'un objet naturel. | Non |
| OVNI / PAN | Des observations non identifiées. | Environ 3 % restent inexpliquées au GEIPAN. Cela ne dit rien de leur origine. | Non |
Pour le signal Wow!, l'étude de 2024 reste à confirmer : le mystère n'est pas clos, mais le signal n'est pas pour autant une preuve. Pour blc1, l'analyse complète a pointé des interférences humaines. Pour 3I/ATLAS, ni l'Allen Telescope Array ni le Green Bank Telescope n'ont détecté d'émission artificielle. Pour l'étoile de Tabby, Boyajian et ses coauteurs privilégient la poussière. Et sur Mars, la question porte sur des microbes, pas sur une civilisation.
Si tu vois quelque chose dans le ciel, la meilleure démarche reste de l'identifier : quelle est cette étoile brillante ? Et si le phénomène résiste, signale-le.
Les calculs expliqués
1. Le produit de Drake. On multiplie les sept facteurs. Avec le préréglage bas de 1961 :
N = 1 × 0,2 × 1 × 1 × 1 × 0,1 × 1 000 = 20
Avec le préréglage haut : 1 × 0,5 × 5 × 1 × 1 × 0,2 × 100 000 000 = 50 000 000.
2. Voisin le plus proche. Pour N points au hasard dans un disque d'aire A, la distance moyenne au plus proche voisin vaut ½ √(A/N). Avec R = 50 000 années-lumière et N = 20 :
½ × √(π × 50 000² / 20) ≈ 9 908 années-lumière
3. La moyenne d'une loi log-uniforme. Entre a et b, elle vaut (b − a) / ln(b / a). Pour R* entre 1 et 100 :
99 / ln(100) ≈ 21,5
La moyenne du produit est le produit des moyennes, car les facteurs sont tirés indépendamment : 21,5 × 0,39 × 0,39 × 0,50 × 0,145 × 0,215 × 543 millions ≈ 27,8 millions.
4. La probabilité que N < 1. On tire chaque facteur, on multiplie, et on compte. La vie suit :
fl = 1 − e−X, avec log10 X qui suit une loi normale de moyenne 0 et d'écart-type 50
Sur 100 000 tirages, l'erreur due au hasard est d'environ 0,16 point, soit √(0,52 × 0,48 / 100 000). Nous avons aussi calculé cette probabilité sans tirage, par intégration numérique : 52,2 %.
5. La bulle radio. Tant que la bulle reste à l'intérieur du disque, sa part de la surface vaut (r / R)² :
(100 / 50 000)² = 0,000004 = 0,0004 %
Quand elle dépasse le bord, on calcule l'aire exacte de l'intersection de deux cercles. Le Soleil étant à environ 26 700 années-lumière du centre, il faut 50 000 + 26 700 = 76 700 ans pour tout couvrir.
6. Le temps de colonisation du jouet. Une civilisation seule et sans extinction, à la distance d du centre, couvre le disque après :
t = (R + d) / v
À 10 % de la vitesse de la lumière, depuis le centre : 500 000 ans. Depuis le bord : 1 million d'années. Avec beaucoup de naissances au hasard, la part couverte suit une loi connue : 1 − exp(−π I v² t³ / 3), I étant le nombre de naissances par an et par année-lumière carrée. Une fois t supérieur à L, elle ne bouge plus. Nos tests comparent le jouet à ces formules.
Établi, hypothèse ou modèle ?
| Affirmation | Statut | En bref |
|---|---|---|
| Aucune techno-signature confirmée à ce jour | Établi | Recherches radio, optiques et infrarouges sans détection confirmée. blc1 a été attribué à des interférences. |
| Les planètes sont courantes | Établi | Plus de 6 400 exoplanètes confirmées (NASA), et au moins une planète par étoile en moyenne selon Cassan et coauteurs (2012). |
| La bulle radio de la Terre est minuscule | Calcul exact | Environ 100 années-lumière contre 100 000 de diamètre. Ce calcul ne dépend que de ces distances. |
| Fermi a posé la question en 1950 | Récit de témoins | Souvenirs recueillis en 1984 et publiés en 1985. Les mots, le nombre de convives et la date varient. |
| Valeurs de Drake en 1961 | Rapporté, source secondaire | Citées d'après Drake et Sobel (1992) par Wikipédia. D'autres tableaux diffèrent. |
| Environ 52 % de chances que N soit inférieur à 1 | Résultat de modèle | Reproduit ici. Dépend des plages choisies : 10 % si la vie apparaît facilement, 68 % si les civilisations durent peu. |
| Grand Filtre, zoo, ils sont trop loin | Hypothèses | Non réfutées, et difficiles à tester. |
| Forêt sombre | Fiction | Roman de Liu Cixin. Aucune observation ne la soutient. |
| Galaxie vivante de cette page | Modèle jouet | Disque plat, bulles circulaires, naissances au hasard. Il montre une logique et ne prédit rien. |
| Les OVNI sont des visites extraterrestres | Aucune preuve | Non identifié ne veut pas dire extraterrestre. |
Vrai ou faux ?
Enrico Fermi a publié un article scientifique sur le paradoxe qui porte son nom.
Il n'a rien publié sur ce sujet. La question nous vient de souvenirs de témoins, recueillis par Eric Jones en 1984. Le raisonnement formel est surtout celui de Michael Hart, en 1975.
Une moyenne de plusieurs millions de civilisations peut coexister avec une forte probabilité que N soit inférieur à 1.
Si l'incertitude couvre beaucoup d'ordres de grandeur, quelques scénarios très peuplés dominent la moyenne. Avec les plages de Sandberg et ses coauteurs : moyenne d'environ 27 millions, et environ 52 % de chances que N soit inférieur à 1.
Nos signaux radio ont déjà atteint une bonne partie de la Voie lactée.
Environ un siècle de lumière, contre 100 000 années-lumière de diamètre. La bulle couvre 0,0004 % de la surface du disque.
L'expression « forêt sombre » vient d'un roman de science-fiction.
Elle vient du roman de Liu Cixin paru en 2008. C'est une idée de fiction, pas un résultat scientifique.
Un OVNI resté inexpliqué après enquête est une preuve de visite extraterrestre.
Inexpliqué veut dire qu'on ne sait pas, souvent faute de données. Cela ne dit rien de l'origine. La méthode de Vigi-Sky évalue d'abord les hypothèses naturelles, et la case « non identifié » reste légitime.
Repères
- 1950Déjeuner à Los Alamos : la question de Fermi, selon des témoins.
- 1959Cocconi et Morrison proposent d'écouter près de la raie de l'hydrogène.
- 1960Projet Ozma : Frank Drake écoute deux étoiles proches.
- 1961Réunion de Green Bank : l'équation de Drake sert d'ordre du jour.
- 1973John Ball formule l'hypothèse du zoo.
- 1975Michael Hart publie son argument : ils ne sont pas là, donc ils n'existent pas.
- 1977Signal Wow! La même année, l'expression « paradoxe de Fermi » apparaît en revue.
- 1985Eric Jones publie les souvenirs des témoins du déjeuner.
- 1998Robin Hanson décrit le Grand Filtre.
- 2008Liu Cixin publie La Forêt sombre en chinois.
- 2018Sandberg, Drexler et Ord : « Dissolving the Fermi Paradox ».
- 2023Rapport de l'équipe indépendante de la NASA sur les UAP.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le paradoxe de Fermi, simplement ?
C'est un contraste. La Voie lactée compte des centaines de milliards d'étoiles et beaucoup de planètes, et elle est bien plus ancienne que notre civilisation. Une civilisation capable de voyager ou d'émettre aurait donc eu le temps de se manifester. Pourtant, aucune trace n'est confirmée. Ce n'est pas un paradoxe logique au sens strict : c'est une question sur nos hypothèses.
Enrico Fermi a-t-il vraiment posé la question ?
Probablement, mais nous ne l'avons que par des souvenirs. Fermi n'a rien publié sur le sujet. En 1984, Eric Jones a écrit aux trois témoins encore en vie, et leurs récits diffèrent sur les mots exacts, sur le nombre de convives et sur la date. Jones juge « quite probable » l'été 1950, à Los Alamos. Le texte a paru en 1985, plus de trente ans après les faits.
Que dit l'équation de Drake ?
Elle estime N, le nombre de civilisations détectables dans notre galaxie aujourd'hui, en multipliant sept facteurs : formation d'étoiles, étoiles à planètes, planètes habitables, apparition de la vie, de l'intelligence, de techniques détectables, et durée de ces civilisations. Frank Drake l'a écrite pour organiser une réunion à Green Bank en 1961. Elle structure l'ignorance plus qu'elle ne donne un résultat.
Combien y a-t-il de civilisations dans la Voie lactée ?
Personne ne le sait. Selon les valeurs, l'équation donne moins d'une civilisation ou plusieurs millions. Avec les plages de Sandberg, Drexler et Ord, la médiane de N est d'environ 0,32 et la moyenne d'environ 27 millions. Cet écart vient du fait que quelques scénarios très peuplés tirent la moyenne vers le haut.
Sommes-nous seuls dans l'univers ?
On ne sait pas. Aucune vie extraterrestre n'est confirmée, ni aucune techno-signature. Avec les plages de Sandberg, Drexler et Ord, la probabilité que N soit inférieur à 1 dans notre galaxie est d'environ 52 %. Ce n'est pas une mesure : avec d'autres plages, elle descend à 10 %. Un résultat honnête tient en une phrase : être seuls est une possibilité sérieuse, pas une certitude.
Qu'est-ce que le Grand Filtre ?
C'est l'idée de Robin Hanson : quelque part entre la matière inerte et une civilisation qui s'étend, au moins une étape serait extrêmement improbable. Si elle est derrière nous, nous avons eu de la chance. Si elle est devant nous, notre avenir est menacé. C'est une hypothèse, aucune étape précise n'a été identifiée comme étant ce filtre.
Jusqu'où nos signaux radio sont-ils allés ?
À environ un siècle-lumière pour les plus anciens signaux puissants. Une bulle de 100 années-lumière de rayon couvre 0,0004 % de la surface du disque de la Voie lactée, qui fait 100 000 années-lumière de diamètre. Et un signal qui arrive quelque part n'est pas forcément détectable : il devient de plus en plus faible avec la distance.
Les OVNI prouvent-ils une visite extraterrestre ?
Non. OVNI veut dire non identifié, pas extraterrestre. Au GEIPAN, environ 3 % des cas restent inexpliqués après enquête, et un cas inexpliqué n'est pas une preuve d'origine. La NASA écrivait en 2023 qu'aucune preuve concluante d'une origine extraterrestre des UAP n'existe dans la littérature scientifique relue par les pairs.
A-t-on déjà capté un signal extraterrestre ?
Aucun n'est confirmé. Le signal Wow! de 1977 n'a jamais été observé à nouveau et reste inexpliqué, ce qui n'en fait pas un message. Le signal blc1, repéré en direction de Proxima du Centaure, a été attribué à des interférences humaines. Les recherches radio menées sur 3I/ATLAS en 2025 n'ont rien donné non plus.
Méthode : tous les calculs tournent dans ton navigateur. Le JavaScript publié a été comparé automatiquement à un calcul séparé en Python et aux formules exactes. Les préréglages pessimiste et optimiste, ainsi que les scénarios de la galaxie, sont des illustrations. Les probabilités dépendent des plages indiquées et ne sont pas des mesures.