Astrophysique Trous noirs Relativité 2026

Comment se forment les trous noirs ?

Trois grands modes de formation, trois catégories de masse, et l'incroyable photo de M87* par l'Event Horizon Telescope : tout ce que la physique des trous noirs raconte sur l'univers en 2026.

TL;DR — Réponse courte

Les trous noirs se forment principalement de trois façons : effondrement gravitationnel d'étoiles massives en fin de vie (>20 masses solaires), fusion d'étoiles à neutrons, et formation directe dans l'univers primordial. Il existe trois grandes catégories : stellaires, intermédiaires et supermassifs (jusqu'à des milliards de masses solaires).

· · 12 min de lecture · Astrophysique 2026

Qu'est-ce qu'un trou noir exactement ?

Un trou noir est une région de l'espace-temps où la gravité est si intense que rien — pas même la lumière — ne peut s'en échapper une fois la frontière critique franchie. Cette frontière s'appelle l'horizon des événements.

Un trou noir n'est pas un objet matériel au sens classique : c'est une région où la matière a été comprimée à une densité infinie en un point central appelé singularité. Les trous noirs sont prédits par la relativité générale d'Einstein (1915) et ont été observés indirectement depuis les années 1960 (Cygnus X-1), puis directement photographiés en 2019 (M87*) et 2022 (Sgr A*).

Singularité
Point central de densité infinie où les lois de la physique connues s'effondrent. Une théorie de gravité quantique reste à découvrir pour la décrire.
Horizon des événements
Surface mathématique délimitant la zone d'où aucun signal ne peut s'échapper. Rayon = 2GM/c² (Schwarzschild).
Disque d'accrétion
Disque de matière en spirale autour du trou noir, chauffé à des millions de degrés, émettant rayons X et UV intenses.
Ergosphère
Région autour d'un trou noir en rotation (Kerr) où l'espace-temps lui-même est entraîné en rotation.

Quelles sont les 3 catégories de trous noirs ?

3-100 M☉
Stellaires
10²-10⁵ M☉
Intermédiaires
10⁶-10¹⁰ M☉
Supermassifs
≪ 1 M☉
Primordiaux (hyp.)

Les trous noirs se classent selon leur masse :

  1. Trous noirs stellaires (3 à 100 M☉) — issus de l'effondrement d'étoiles massives. Cygnus X-1 (≈21 M☉) en est l'archétype.
  2. Trous noirs de masse intermédiaire (100 à 100 000 M☉) — longtemps hypothétiques, aujourd'hui détectés via les ondes gravitationnelles (LIGO/Virgo, GW190521 = 142 M☉) et certains amas globulaires.
  3. Trous noirs supermassifs (millions à milliards M☉) — résident au centre de presque toutes les grandes galaxies. Sgr A* (4,1 millions M☉) au centre de la Voie lactée, M87* (6,5 milliards M☉) au cœur de M87.
  4. Trous noirs primordiaux (hypothétiques) — formés au Big Bang, masses très variables.

Comment naît un trou noir stellaire ?

Un trou noir stellaire naît à la mort d'une étoile très massive (au moins 20-25 masses solaires). Le scénario, en simplifiant, se déroule en plusieurs étapes :

  1. L'étoile a fusionné successivement hydrogène, hélium, carbone, oxygène, néon, silicium dans son cœur.
  2. Lorsque le cœur atteint le fer, la fusion nucléaire cesse d'être exothermique : le cœur ne produit plus d'énergie.
  3. La pression de radiation s'effondre, la gravité reprend ses droits.
  4. Le cœur s'effondre en quelques secondes, atteignant des densités nucléaires.
  5. Les couches externes rebondissent et sont expulsées dans une supernova de type II ou Ib/c.
  6. Si la masse résiduelle dépasse environ 3 M☉ (limite de Tolman-Oppenheimer-Volkoff), aucune force connue ne peut arrêter l'effondrement : un trou noir se forme. Sinon, on obtient une étoile à neutrons.

Pour un récit complet de l'explosion, voir : Qu'est-ce qu'une supernova ? Types, causes, observations.

D'où viennent les trous noirs supermassifs au centre des galaxies ?

C'est l'une des grandes énigmes de l'astrophysique 2026. Comment former un trou noir d'un milliard de masses solaires en moins d'un milliard d'années après le Big Bang ? Trois scénarios principaux sont étudiés :

1. Accrétion lente à partir de petites graines
Trous noirs stellaires (~100 M☉) qui croissent par accrétion. Problème : le temps disponible est insuffisant pour les supermassifs très précoces observés par JWST.
2. Effondrement direct (DCBH)
Direct Collapse Black Holes : effondrement direct de nuages de gaz primordiaux en trous noirs de 10 000-100 000 M☉, sans passer par l'étape stellaire. Scénario favorisé par les découvertes JWST.
3. Fusions répétées
Fusions de trous noirs intermédiaires dans les amas stellaires denses, puis migration vers le centre galactique.

Le télescope JWST a découvert depuis 2022 des trous noirs supermassifs (1-10 milliards M☉) déjà formés à z > 10 — c'est-à-dire moins de 500 millions d'années après le Big Bang. Cette découverte favorise le scénario par effondrement direct, et oblige à repenser la chronologie cosmique standard.

Existe-t-il des trous noirs primordiaux ?

Les trous noirs primordiaux (PBH, Primordial Black Holes) sont des trous noirs hypothétiques formés non par effondrement stellaire, mais par les fluctuations de densité extrêmes de l'univers très jeune — dans les premières fractions de seconde après le Big Bang.

Proposés en 1971 par Stephen Hawking, leur existence n'a pas été démontrée mais reste activement recherchée. S'ils existent, ils pourraient avoir des masses très variées (de 10⁻⁵ g à 10⁵ M☉) et constituer une fraction non négligeable de la matière noire — hypothèse remise au goût du jour par certaines détections inhabituelles de LIGO (GW190521).

Que se passe-t-il à l'horizon des événements ?

L'horizon des événements est la frontière « sans retour » du trou noir. Son rayon (rayon de Schwarzschild) est proportionnel à la masse :

À l'horizon, la vitesse de libération atteint la vitesse de la lumière. Pour un observateur extérieur, un objet qui tombe semble ralentir et se figer au bord (dilatation gravitationnelle du temps). Pour l'objet lui-même, le passage est instantané — mais sans retour.

Comment les trous noirs grossissent-ils dans le temps ?

Les trous noirs grossissent par deux mécanismes :

  1. Accrétion de matière (gaz, poussières, étoiles fragmentées) à travers un disque d'accrétion qui chauffe et émet rayons X et UV intenses. L'accrétion est limitée par la limite d'Eddington — au-delà, la pression de radiation repousse le gaz entrant.
  2. Fusion avec d'autres trous noirs lors de coalescences détectées par les ondes gravitationnelles depuis 2015 (GW150914 fut la première, fusion de 36 + 29 M☉).

Pour expliquer les trous noirs supermassifs très précoces observés par JWST, certains modèles invoquent une accrétion super-Eddington temporaire — un régime où le rayonnement parvient à s'échapper sans freiner totalement l'accrétion.

Que sont les jets relativistes des AGN ?

Les noyaux actifs de galaxie (AGN, Active Galactic Nuclei) sont des trous noirs supermassifs en phase d'accrétion intense. Une partie du gaz approchant l'horizon des événements est éjectée à des vitesses proches de celle de la lumière (>99,9% c) sous forme de deux jets perpendiculaires au disque d'accrétion, le long de l'axe de rotation du trou noir.

Ces jets relativistes peuvent s'étendre sur des centaines de milliers d'années-lumière, bien au-delà de la galaxie hôte. M87* a un jet visible de 5 000 années-lumière, étudié par l'Event Horizon Telescope depuis 2017. Les quasars et les blazars sont des AGN dont le jet pointe vers la Terre, ce qui amplifie leur luminosité.

Comment Einstein avait-il prédit leur existence ?

Albert Einstein n'a pas explicitement prédit les trous noirs, mais sa théorie de la relativité générale (1915) en contenait la possibilité mathématique. Dès 1916, le physicien allemand Karl Schwarzschild trouve la première solution exacte des équations d'Einstein, qui décrit le champ gravitationnel d'une masse ponctuelle — solution qui contient un horizon des événements et une singularité centrale.

Einstein lui-même resta longtemps sceptique sur la réalité physique de ces objets, qu'il considérait comme une curiosité mathématique. Le terme « trou noir » n'a été popularisé qu'en 1967 par John Wheeler. Ce n'est qu'en 1971 (avec Cygnus X-1) qu'un premier candidat sérieux fut identifié.

Les trous noirs ne sont pas aussi noirs qu'on le pensait. Ils brillent par un rayonnement quantique — et finiront par s'évaporer. — Stephen Hawking, à propos du rayonnement de Hawking, 1974

Le trou noir M87* a-t-il été photographié ?

Oui. Le 10 avril 2019, la collaboration internationale Event Horizon Telescope (EHT) publie la première image directe d'un trou noir : M87*, le trou noir supermassif au centre de la galaxie M87 dans l'amas de la Vierge, situé à 55 millions d'années-lumière. Sa masse est estimée à 6,5 milliards de masses solaires.

L'image montre l'ombre du trou noir entourée d'un anneau lumineux : la matière surchauffée du disque d'accrétion. La taille de l'anneau et son asymétrie confirment de manière éclatante les prédictions de la relativité générale d'Einstein.

En mai 2022, l'EHT a publié l'image de Sagittarius A* (Sgr A*), le trou noir supermassif au centre de notre Voie lactée (4,1 millions M☉, à 26 000 années-lumière). C'est le seul trou noir supermassif dont l'orbite des étoiles voisines a été directement suivie pendant 30 ans (travaux de Reinhard Genzel et Andrea Ghez, prix Nobel de physique 2020).

À retenir

Les images EHT ne montrent pas le trou noir lui-même (invisible par définition), mais son ombre dessinée sur le fond lumineux du disque d'accrétion. C'est l'observation la plus directe jamais réalisée de la relativité générale.

Sources et références

  1. NASA — Black Holes Overview. science.nasa.gov
  2. Event Horizon Telescope Collaboration (2019). « First M87 EHT Results ». Astrophysical Journal Letters, 875, L1-L6. eventhorizontelescope.org
  3. Event Horizon Telescope Collaboration (2022). « First Sagittarius A* EHT Results ». Astrophysical Journal Letters, 930, L12-L17.
  4. Albert Einstein (1915). « Die Feldgleichungen der Gravitation ». Sitzungsberichte der Preußischen Akademie der Wissenschaften.
  5. Karl Schwarzschild (1916). Solution de Schwarzschild des équations d'Einstein.
  6. Stephen Hawking (1974). « Black hole explosions? ». Nature, 248, 30-31.
  7. LIGO/Virgo Collaboration (2016). « Observation of Gravitational Waves from a Binary Black Hole Merger » (GW150914). Physical Review Letters, 116, 061102.
  8. Genzel, Ghez et al. — Prix Nobel de Physique 2020 pour la découverte de Sgr A*.
  9. JWST / NASA (2023-2025). Découverte de trous noirs supermassifs précoces (z > 10).

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